Portrait de collaborateur | Maxime-Alexis Frappier

Entretien avec Maxime Frappier, Architecte associé et président de ACDF Architecture

Par Dominique Caron

Avec ses réalisations et ses enseignements à Montréal et à l’international, Maxime-Alexis Frappier a une impressionnante feuille de route. Très bon communicateur, il partage avec passion ses réflexions sur le design architectural; sa capacité à semer du bien et à unir par le partage.

Celui qui signe le design du Mellem à Brossard est co-fondateur de la firme ACDF. Avec celle-ci, il a collaboré à titre d’architecte à des projets d’envergure partout au Canada. «On jouit d’une très belle réputation» admet-il. Gagnante de plusieurs grands concours nationaux et internationaux, ACDF a remporté en 2019 le grand concours Réinventer Montréal (Reinventing City) avec le projet Demain Montréal

Situé sur la cour de voirie de la Commune, dans l’arrondissement de Ville-Marie, le projet Demain Montréal comprend des logements sociaux, une zone verte, une ferme maraîchère et des espaces de travail. Initié ailleurs dans le monde par des villes membres du C40, ce concours vise à transformer ce lieu plutôt hostile (ici, un quartier industriel bordé par des autoroutes) en un milieu de vie agréable, afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Ailleurs dans le monde, à Taiwan, la firme s’est classée parmi les finalistes du concours pour le Terminal Maritime de Keelung dans la capitale, à Tapei. Outre sa superbe apparence, le bâtiment conserve un accès précieux à la mer pour les citoyens en instaurant une place publique au cœur du terminal maritime. Maxime-Alexis se remémore : « Le premier projet qu’on a fait, c’était sur le bord de l’autoroute à Saint-Hubert avec une entreprise qui faisait des égouts d’aqueduc en béton.» Difficile d’imaginer un bâtiment séduisant à l’écho des mots «autoroute et béton». La firme a opté pour une approche conceptuelle basée sur le processus séquentiel de production propre à l’entreprise. Ainsi, le bâtiment se «lit» en référence à ses étapes d’usine, d’entreposage et d’administration. Le projet St-Germain Égouts et Aqueduc inc. a remporté le prix d’Excellence de l’Ordre des architectes du Québec dans la catégorie Architecture Industrielle en 2009 et la médaille du gouverneur général du Canada en 2010.

Créer pour contribuer

Ayant grandi sur un verger, Maxime-Alexis a conservé des souvenirs d’enfance dans les rangées de pommiers : «Je me souviens à quel point j’aimais creuser dans la pomme et jouer avec ce contraste entre la chaire et la pelure.» Se remémore-t-il. À chaque bouchée, la blancheur de la chaire et le rouge vif de la pelure de la pomme révèlent le fruit sous un jour nouveau. Telle la pomme, le contraste dans l’esthétique d’un bâtiment peut caractériser la construction. Que ce soit grâce aux ombres et aux percées de lumière, aux couleurs, aux textures ou aux formes, leur opposition accroche souvent le regard, même dans un design plus structural. Il insiste toutefois sur l’importance du fond et la forme : un projet d’architecture se réalise avec des contraintes et des valeurs. Pour Maxime-Alexis, c’est essentiel d’être contributif si on veut survivre dans cette industrie hautement compétitive. Les projets hit and run, non merci.

Même dans un domaine qui demande de la créativité, le beau ne suffit pas. «Je crois beaucoup à la beauté, mais il ne faut pas tomber dans le piège et délaisser tout le reste au nom de la beauté.» Son secret? La pleine conscience.

« Ça sonne un peu étrange ce que je dis mais, dans un vieux métier comme l’architecture, on va fonctionner avec certains automatismes. On a tellement d’éléments avec lesquels on doit jongler. Composer un bâtiment ou un lieu impose parfois de prioriser certaines composantes ou contraintes. J’appelle ça le design architectural en pleine conscience. » Il ajoute qu’en nommant des valeurs et des aspects du projet, on peut ensuite créer une hiérarchie de ceux-ci pour le projet. 

Maxime-Alexis est aussi très conscient des enjeux financiers en ce qui concerne le logement. Il constate que l’accessibilité à la propriété pour certaines générations est de moins en moins possible et c’est quelque chose qui le préoccupe. De nouvelles habitudes de vie, comme l’importance qu’ont prise les espaces «plus un» dans notre quotidien, surviennent alors en réponse à cette réalité. Ces plus un, ce sont les cafés où l’on va travailler, la buanderie où l’on fait notre lavage, le parc où l’on fait du sport, les salles de cinéma où l’on regarde des films… «La jeune génération veut profiter de la vie plutôt que de se focaliser sur le travail. Il y a une réponse obligatoire à cette génération-là.» 

Futur commerce, au rez-de-chaussée du Mellem, à Brossard.

Les lieux publics deviennent en quelque sorte des pièces additionnelles à notre habitation, en milieu urbain comme en milieu rural. Les espaces publics et les bâtiments, même commerciaux, pourraient jouer un impact important dans la qualité de vie dans cette optique. 

Pour l’architecte Maxime-Alexis Frappier, pas de doute, l’union fait la force! Conscient du coût de la vie pour les personnes seules, autant pour les vieux que pour les jeunes, la réponse à ce problème est de vivre ensemble, une approche partagée par Mellem.